Publié le 2019-10-14 | Le Nouvelliste Dans le cadre d’un rapprochement naissant entre les autorités monétaires de Port-au-Prince et de Kigali, devant déboucher ultérieurement sur l’établissement de liens de collaboration, d’échanges et de partage d’expérience, l’économiste en chef de la Banque nationale du Rwanda, le professeur Thomas Kigabo, vient de boucler le vendredi 11 octobre dernier un séjour d’une semaine en Haïti durant lequel le rwandais et les cadres de la BRH ont eu des discussions et des échanges d’expertise jugés enrichissants, instructifs et fructueux à divers égards par les parties prenantes.

« La présence du professeur Thomas Kigabo en Haïti, économiste principal à la Banque centrale du Rwanda, témoigne de l’intérêt de la BRH à renforcer son cadre de politique monétaire, par le partage d’expériences entre banques centrales et en recherchant des modèles dont elle peut s’inspirer, tout en tenant compte des spécificités de l’économie haïtienne et des contraintes structurelles qui lui sont associées », a informé le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Jean Baden Dubois, lors de la conférence-débat organisée en l’honneur du professeur Kigabo le jeudi 10 octobre dernier à l’hôtel Montana.

« Les échanges d’expertise et de connaissances des trois derniers jours ont porté essentiellement sur le processus d’évolution de la politique monétaire au Rwanda [et] les projections de liquidités associées au mécanisme de transmission de la politique monétaire au Rwanda », poursuivi le gouverneur Dubois indiquant que la BRH a beaucoup appris de l’expérience de la Banque centrale du Rwanda quant à l’évolution de son cadre de politique monétaire après le génocide en 1994.

Plus loin, le gouverneur de la Banque centrale, dans ses propos liminaires, a précisé que la « présence du professeur témoigne aussi de notre volonté d’établir des rapports d’échange et de partenariat entre Haïti et les pays d’Afrique ».

« Ma visite ici s’inscrit dans le cadre de la philosophie des banques centrales aujourd’hui de construire des liens […] Nos deux banques, la Banque nationale du Rwanda et la BRH, ont décidé de créer ce type de collaboration pour que nous puissions apprendre les unes des autres », a renchéri le professeur Kigabo qui, dans une interview accordée à Le Nouvelliste, a salué cet esprit de coopération sud-sud entre les banques centrales.

Se référant à l’agenda pro croissance de la BRH, le professeur Thomas Kigabo ne cache pas son admiration face au dynamisme de la Banque des banques qui a conçu des instruments de politique monétaire allant au-delà même des objectifs classiques de la politique monétaire tout en appuyant les efforts de croissance économique.  

« C’est une innovation qui ne se trouve pas dans beaucoup de banques centrales », avoue l’économiste rwandais félicitant une fois de plus la BRH qui, malgré des conditions qui peuvent ne pas favoriser la politique monétaire, est en train de travailler, de mettre en place sa capacité d’analyse économique afin d’arriver à appréhender la dynamique de l’économie.

« J’ai trouvé cet autre aspect [du travail de la BRH] très positif […] Cela lui permet d’être pro active c’est-à-dire de proposer des solutions qui vont aider le développement économique dans le futur », a rappelé Thomas Kigabo soulignant au passage que l’efficacité de la politique monétaire dépend de plusieurs facteurs.

A l’en croire, cette dernière dépend de comment fonctionnent l’économie, les institutions, les banques commerciales et le marché financier. « Il y a tous ces éléments qui sont extrêmement importants pour l’efficacité de la politique monétaire mais qui ne sont pas sous la responsabilité de la banque centrale », a nuancé le rwandais appelant à une collaboration entre tous les acteurs de la gestion économique pour l’efficacité de cette politique monétaire.

Pour le gouverneur Jean Baden Dubois, les présentations, les discussions et les échanges entre les cadres de la BRH et le professeur Kigabo durant sa visite « nous ont permis de renforcer notre esprit de combattivité face aux difficultés, de réaliser que le temps, le savoir et le savoir-faire peuvent nous aider à les affronter efficacement, de comprendre la nécessité de faire valoir la dimension humaine dans nos relations avec les bailleurs de Fonds internationaux, et de mettre Haïti en perspective par rapport aux efforts colossaux indispensables à la stabilisation et à la réhabilitation d’une économie ».

« Le Rwanda est une nation sœur qui a vécu des périodes difficiles, peut-être encore plus difficiles que celles que nous avons déjà vécues. Les citoyens rwandais ont su mettre de côté leurs différences pour s’atteler à la reconstruction de leur nation. Le Rwanda a pu s’élever aujourd’hui au rang d’une nation modèle que plus d‘un regardent pour s’en inspirer. Il n’en tient donc qu’à nous Haïtiens et Haïtiennes d’apporter les réponses appropriées pour relever une fois pour toutes les défis à la fois structurels et conjoncturels auxquels nous faisons face », a déclaré le gouverneur Dubois.

De son côté, le professeur Kigabo, tout en reconnaissant que chaque pays de dispose de ses particularités, a admis qu’il existe beaucoup de ressemblances entre son pays et Haïti (beaucoup de collines, presque la même superficie et la même taille de la population…).

Dans le cas du Rwanda, détruit par le génocide, a-t-il confié, le leadership a joué un rôle important en ce sens qu’il a fallu d’abord identifier les problèmes avant d’essayer de trouver des solutions ensemble en termes de politiques économiques et de politique monétaire.

« Aujourd’hui, le Rwanda est un pays unifié. Cela signifie que chaque rwandais contribue au développement du pays suivant l’orientation du leadership […] Les institutions au Rwanda fonctionnement très bien, il n’existe presque pas de corruption […] Les infrastructures sont en place, les routes, les écoles, les hôpitaux », a détaillé le visiteur rwandais estimant que ces éléments sont plus importants que les performances économiques du Rwanda.

« Le développement économique est une conséquence de la bonne gouvernance, du leadership ayant une vision d’avoir un pays moderne, développé et où chaque rwandais se sent vraiment satisfait », a conclu le professeur Kigabo tout en rappelant que rien de tout ce qu’a accompli le Rwanda ne serait arrivé sans la vision d’un leadership éclairé, moderne.

Patrick Saint-Pré

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