Violations des droits humains : Jovenel Moïse et la PNH dans le viseur d’Amnesty International

Written by on October 31, 2019

Publié le 2019-10-31 | Le Nouvelliste: Le pourrissement de la crise et le recourt aux fusils de la PNH pour réprimer des manifestants ne sont pas sans conséquences. « Les forces de sécurité sous le commandement du président Jovenel Moïse ont eu recours à une force excessive », a affirmé Amnesty International, jeudi 31 octobre, avant que le puissant sénateur républicain, Marco Rubio, proche de Donald Trump, ne brandit la menace de sanctions contre des responsables gouvernementaux dont la responsabilité dans des violations des droits humains est avérée…


Le président Jovenel Moïse a choisi la confrontation et joue la survie de sa présidence sur les fusils de PNH face à une fronde de plusieurs secteurs de la vie nationale qui réclament son départ depuis plus de deux mois. Il est désormais sous les feux des critiques et directement interpellé par rapport à l’usage excessif de la force contre des manifestants.

Amnesty International, dans un communiqué, jeudi 31 octobre 2019, soutient que « les autorités haïtiennes doivent mettre fin au recours illégal à la force contre les manifestants et garantir le droit à la vie de ces personnes (…) après avoir confirmé plusieurs cas de recours à une force excessive par la police pendant six semaines de manifestations anti-gouvernementales, dans le cadre desquelles 35 personnes sont mortes, dont plusieurs aux mains de la police nationale ».

« Les images que nous avons examinées ont mis en lumière des atteintes aux droits humains commises par les autorités haïtiennes. Les forces de sécurité sous le commandement du président Jovenel Moïse ont eu recours à une force excessive. Ces faits doivent sans délai faire l’objet d’une enquête approfondie et efficace », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty InternationaI, cité dans ce communiqué.

« Le président Jovenel Moïse doit prendre des mesures de toute urgence pour veiller à ce que les personnes manifestant contre son gouvernement puissent le faire en toute sécurité, sans mettre leur vie en danger. La police doit cesser d’avoir recours à des armes à feu chargées de balles réelles dans le cadre des manifestations, et des mesures spécifiques doivent être mises en œuvre pour garantir la sécurité des journalistes travaillant sur la situation politique et relative aux droits humains en Haïti », a poursuivi le communiqué.

« Les chercheurs et le Service de vérification numérique d’Amnistie internationale ont examiné des vidéos de plusieurs cas dans lesquels la police a utilisé des armes à létalité réduite sans discrimination et de manière illégale, notamment en lançant du gaz lacrymogène sur des manifestants pacifiques depuis un véhicule de police en mouvement, en tirant des balles à létalité réduite sur les manifestants à bout portant, et en frappant un manifestant », lit-on dans ce communiqué.

« Amnesty International a également confirmé que des policiers, équipés d’armes semi-automatiques, ont tiré à balles réelles pendant des manifestations, bafouant ainsi le droit international relatif aux droits humains et les normes relatives au recours à la force. Entre le 16 septembre et le 17 octobre, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), une ONG haïtienne, a recensé au moins 35 morts dans le cadre des manifestations, dont neuf imputables à la police. Pendant la même période, l’ONG a indiqué que 200 personnes avaient été blessées, parmi lesquelles au moins huit journalistes », selon ce communiqué d’Amnesty International qui a détaillé certains cas et revenu des faits remontant à plusieurs mois.

USGPN dans le viseur…

« L’Unité de sécurité générale du Palais national utilise des armes militaires pendant des manifestations. Le 16 octobre, sur la place Jacques Dessalines, à Port-au-Prince, en Haïti, des membres de l’Unité de sécurité générale du Palais national, une unité spéciale de la police nationale d’Haïti chargée d’assurer la sécurité du président et du Palais national, ont interrompu l’enterrement d’une personne qui aurait été tuée pendant les manifestations. D’après des informations des médias, d’autres enterrements similaires ont eu lieu ce jour-là dans le pays », selon Amnesty International.

« Armé d’un fusil Galil ACE de conception israélienne, une arme destinée aux opérations de combat et non pas au maintien de l’ordre dans le cadre de manifestations, un policier a tiré en l’air à balles réelles près de l’endroit où se trouvaient des manifestants.

Deux personnes ont été blessées lors de ces événements d’après le RNDDH. Amnesty International n’a pas pu confirmer comment ces personnes ont été blessées », selon ce communiqué d’Amnisty  International qui a rappelé que  « des manifestations ont été organisées tout au long de l’année en Haïti, déclenchées principalement par des accusations selon lesquelles de hauts représentants de l’État, et notamment le président Jovenel Moïse, pourraient être impliqués dans le détournement en leur faveur de jusqu’à deux milliards de dollars issus d’un programme pétrolier du Venezuela pour Haïti ».

« En février, 41 personnes sont mortes et 100 ont été blessées dans le cadre de manifestations similaires, d’après le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies », selon ce communiqué qui a également rapporté qu’en « septembre, le Comité pour la protection des journalistes a condamné le tir dont a été victime le journaliste Chery Dieu-Nalio, blessé lorsqu’un sénateur a tiré en l’air près du bâtiment du Sénat. Le 10 octobre, Néhémie Joseph, journaliste de Radio Méga, a été abattu dans sa voiture. »

Le sénateur Marco Rubio prévient…

« Les responsables du gouvernement Haïtien ne devraient pas confondre le refus d’interférer dans leur  politique intérieure à de la tolérance de la violence contre des manifestants et des journalistes. Ils ont l’obligation de maintenir le règne du droit et feront face aux conséquences s’ils sont responsables de violation des droits humains », a tweeté, jeudi 31 octobre,  le puissant sénateur républicain de la Floride, Marco Rubio, très actif quand il fallait pousser le président Jovenel Moïse à s’aligner sur la position de l’administration Trump sur le Venezuela. La veille, le service de presse du sénateur Marco Rubio avait indiqué que l’instabilité politique et sociale en Haïti devrait provoquer de sérieuses préoccupations pour la stabilité et le futur de la région. Les Etats-Unis supportent le peuple haïtien et leur désir de trouver une solution pacifique et négociée à la crise actuelle.

Le département d’Etat satisfait du travail de l’IGPNH…

La semaine dernière, lors d’une audition de la commission des  affaires étrangères au congrès sur l’aide américaine à des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes, le congresman Andy Levin, démocrate du Michigan, proche du secteur des droit de l’homme et Haïti accessible à des leaders de l’opposition haïtienne, a soulevé la question des violations des droits humains de la PNH lors de manifestation anti-gouvernementale. Il a appelé à la tenue d’investigation sur ces violations des droits humains, les usages excessifs de la force par les forces de l’ordre. Michael Kozak, assistant secrétaire d’Etat de l’hémisphère Ouest au département d’Etat. Michael Kozak a indiqué que le Département évoque « généralement » ses préoccupations en matière de violation des droits humains et que la PNH est une institution des institutions qui a une performance raisonnablement bonne. « Est-ce qu’il y a des abus de temps à autre ? Oui », a indiqué Michael Kozak, soulignant que les USA aident la PNH dans ses investigations quand il y a des allégations de violation des droits humains.

« Nous les encourageons à utiliser ces mécanismes en traitant des les abus quand ils sont commis », a poursuivi Michael Kozak qui a souligné que la police nationale fait actuellement très bon travail en contrôlant les manifestations sans commettre des abus. Le congresman Andy Levin a évoqué la gestion  et l’implication  de la police dans le massacre de La Saline en novembre 2018 en soulignant qu’il ne partage pas la vue ensoleillée de Kozak. Michael Kozak a indiqué qu’il n’a qu’un mois à ce poste, selon la vidéo de l’audition postée par le journal Miami Herald qui a rapporté ces échanges dans un article de Jacqueline Charles, jeudi 31 octobre 2019.  

La crise préoccupe aussi le Canada

La situation d’Haïti interpelle aussi le Canada. Ce jeudi, sur le compte Twitter de la Mission Canada ONU on pouvait lire que « compte tenue de la situation préoccupante en Haïti, le Canada a présidé une réunion extraordinaire du groupe consultatif @UNECOSOC sur Haïti avec la représentante du secrétaire général de l’ONU (RSSG) du BINUH pour faire le point sur la situation. Le dialogue national et la recherche d’une solution politique à la crise sont essentiels. « Je remercie le groupe consultatif Haïti de l’@UNESCOSOC pour la réunion présidée par le Canada en vue d’encourager les acteurs de la crise à emprunter la voie du dialogue pour une issue pacifique de cette situation lamentable et destructrice », a tweeté le ministre des Affaires étrangères, Edmond Bocchit.

Des discussions au sein du secteur privé sur l’organisation de l’après Jovenel Moïse

Ce jeudi, des associations du secteur privé se réunissent pour discuter « de la proposition du secteur privé à la Passerelle dans le cadre de la transition ». Les discussions se sont portées sur les critères pour choisir un président, un Premier ministre, le choix de la méthodologie pour sélectionner les membres du gouvernement, la définition de la structure de contrôle du gouvernement, la feuille de route du gouvernement de transition, a indiqué la note d’invitation. Le journal a appris de sources proches de ces discussions que le contenu des échanges sera transmis vendredi à la Passerelle.  


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